Estivadas

Sosten al Festenal Interregional de las Culturas Occitanas

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Collectif de Soutien à l’Estivada ?

La fin de l’Estivada 2015 avait laissé en suspens un nombre certain de questions et d’interrogations, chez le public, les partenaires, les organisateurs du festival, dans la presse, des questions auxquelles personne n’était sur le moment en mesure de répondre. Nous le pouvons désormais, du moins en partie, forts d’une « nouvelle liberté retrouvée », selon la terrible et consacrée périphrase. Et elle signifie bien ce qu’elle signifie habituellement : après l’édition de l’Estivada 2015, la Ville de Rodez, par la voix de son maire et dans une lettre tout ce qu’il y a d’officiel, a exprimé sa volonté de revoir la maîtrise d’œuvre du festival et d’en reprendre l’organisation en régie directe, c’est à dire en interne. L’association Org&Com, qui constituait le support administratif du festival depuis 10 ans, ainsi que l’équipe, salariée ou non, travaillant sur le festival et sachant le faire, cessent donc de fait cette activité.

A ce changement radical dans la vie du festival, aucun motif n’a été particulièrement avancé, tout au plus quelques raisons budgétaires, dans un bouillon économique que nous connaissons tous et qui touche le monde de la culture dans son ensemble. Mais il y a, bien entendu et comme dans toute rupture, des raisons, formant un faisceau étroitement noué de causes et de conséquences aux origines parfois troubles et incertaines. Ce qui est sûr, et ce que nous pouvons dire, ce dont nous devons, même, rendre compte, ne serait-ce qu’aux bénévoles et aux publics qui ont porté et accompagné jusqu’ici ce festival, c’est que l’état actuel des choses découle des mauvaises relations et des problèmes de communication entre la Ville de Rodez et l’équipe en charge de l’organisation du festival, ainsi que d’un contexte politico-économico-culturel plus global.

Soyons honnêtes : l’Estivada n’était certes pas un festival parfait (en existe-t-il seulement un ?), d’où la nécessité de chaque année sur le métier remettre l’ouvrage, et ce dans des conditions bien souvent difficiles. Car oui, les conditions d’organisation furent difficiles, se délitant progressivement depuis des élections municipales de 2008 coïncidant avec l’arrivée d’un nouveau directeur, le dernier en date, celui qui aura, au bout du compte, réussi à « faire mieux avec moins », pour un festival balancé au rythme de baisses de subventions en partie provoquées par un contexte économique morose. En partie seulement.

Sans volonté aucune de polémiquer, à l’heure où l’attachement à l’Estivada ne saurait être davantage désintéressé, nous ne pouvons que constater combien la dégradation sérieuse des relations a miné ce festival. Une dégradation générale, subie par tous les acteurs du territoire ruthénois et durement constatée parfois : des petites incompréhensions du quotidien entre faiseurs et décideur à des procédures fastidieuses, longues et inutiles au moment d’avancer des éléments concrets, en passant par des soutiens défaillants, de véritables crises de défiance, le manque d’envie, de mordant, des méconnaissances du fait et des dossiers culturels assénés avec une assurance à toute épreuve, des lourdeurs administratives et des légèretés exécutives, et de manière générale un calendrier politique décidément bien éloigné du petit agenda de l’action concrète, tout aura contribué à l’installation d’un climat délétère.

Disons-le franchement : le plus souvent la machine tournait à vide. L’équipe de l’Estivada n’aura que peu goûté la reconnaissance politique locale du travail fourni, du développement, de la vie apportée au territoire ou de sa capacité à, sur un court temps, l’animer. Pire : avec le temps un véritable dialogue de sourds se sera installé, renforcé par la transparence voire l’absence des interlocuteurs, la disparition ou l’abandon progressif des derniers soutiens affirmés au sein du conseil municipal, le manque d’accompagnement et d’intérêt du « dossier Estivada » par les successives élues à la culture et l’installation d’un autocratisme et d’une force d’inertie assez absolus à tous les niveaux. Autant d’éléments responsables de la précarisation du festival, forme éphémère de nature qui plus est, ainsi que celle de tous ses salariés et partenaires. Indécisions, frilosité générale, exaspération légitime devant des futilités trop longuement débattues, tout aura contribué à dresser des obstacles masquant le propos et le sens du festival, le condamnant à la stagnation, dans l’incapacité de se fournir les moyens de son développement nécessaire.

Ce ne sont là que des éléments de constat concrets, mais nous nous garderons bien de nous recroqueviller sur des regrets. Ce qui est fait est fait, et ne saurait être défait. Non, ce qui nous anime aujourd’hui ce sont de bien réelles inquiétudes. Les seules valables : celle qui concernent un avenir commun. Rendons-nous compte un instant de ce que représente l’Estivada : à l’heure actuelle le seul espace-temps de culture et de langue occitane, le seul en tout cas qui rassemble autant de partenaires, d’artistes, d’associatifs, d’idées, de propositions…tout en offrant aux habitants du territoire leur propre festival, dans leur ville. Compte tenu de la situation actuelle de l’occitan, compte tenu de la situation actuelle de Rodez, l’importance d’un événement comme l’Estivada est vitale. Plus que sa simple survie, sa vie se doit d’être guidée par une ambition et une énergie incommensurables. Et tout cela nous craignons de ne plus le voir. Que la Ville de Rodez reprenne les rênes, soit. En espérant bien sûr que cela lui confère l’élan d’intérêt qu’elle n’avait que peu manifesté jusqu’alors. En espérant qu’elle déploie les moyens justes, à la hauteur de ce qu’est et doit être l’Estivada. En espérant qu’elle parvienne à éviter les écueils inconsciemment liés à la « culture occitane » et, au premier chef, la folklorisation. En espérant qu’elle ait envie de ce rayonnement interrégional, transfrontalier, qui l’élève au-delà de Rodez tout en y gardant de solides racines. En espérant que le portage direct par des services techniques d’une municipalité parvienne à s’affranchir de ses propres limites en termes de réalisation, de décision, d’organisation. En espérant le respect dû aux professionnels de la culture, aux artistes, aux techniciens qui exercent bel et bien de vrais métiers, malgré des rumeurs parasites. En espérant que l’Estivada soit et reste le festival de la langue et de la culture occitane. En esperant…

De tout cela, nous n’avons à l’heure actuelle aucune garantie et ce même après qu’une candidate aux élections régionales ait clamé que « l’Estivada resterait un festival interrégional à Rodez », une simple déclaration extraite d’un océan de promesses.

C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens attachés à l’Estivada, le festival interrégional des cultures occitanes, à exercer leurs droits auprès de la Ville de Rodez, et à manifester leur soutien avec force et conviction, en formulant avec nous ces questions : Quel avenir pour l’Estivada ? Quel contenu ? Quel(s) budget(s) ? Quelle ambition ? Quel projet ?

Les inquiétudes que nous manifestons, et que nous pensons être aussi les vôtres, doivent amener des réponses claires du monde politique, qui devra assumer sa position sur l’avenir de ce festival en terre ruthénoise et plus généralement sur celui de la langue et de la culture occitane. Nous serons attentifs, et invitons chacun à l’être, à toutes les pistes ouvertes quant à une ou des suites, à une reprise de ce projet, qu’il soit amené à rester à Rodez, à renaître ailleurs ou, pourquoi pas, à se pluraliser.

Nous souhaitons quoi qu’il en soit bon courage au nouveau pôle désormais en charge de l’Estivada à la Ville de Rodez.

Collectif de Soutien à l’Estivada

P.S : si vous désirez rejoindre ce collectif, merci de nous contacter !

Carrat negre

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